par Marie-Michèle Roy, enseignante, Collège Lionel-Groulx, Louise Clément, professeure agréée, Université Laval et Maélie Gloutney, étudiante, Collège Lionel-Groulx
Présentation
Une étude a été menée dans deux établissements d’enseignement supérieur des Laurentides, le collège Lionel-Groulx et le cégep de Saint-Jérôme, afin de se pencher sur la population étudiante de ces institutions. L’objectif principal de ce projet était de mieux comprendre les facteurs favorisants et les obstacles liés au développement du capital psychologique et au bien-être général des étudiant·es. Au printemps 2024, ces derniers·ères ont été interrogé·es au moyen d’un sondage en ligne. Nous vous présentons aujourd’hui, dans une série de 5 micro-articles, les principaux résultats issus de cette étude.
Contexte
Dans le cadre du projet PESLAU, nous avons pu brosser un portrait plus précis des étudiant·es de première génération (ÉPG) fréquentant les deux cégeps des Laurentides (Lionel-Groulx et Saint-Jérôme). Ces étudiant·es sont défini·es comme ceux dont aucun des parents n’a fréquenté l’enseignement postsecondaire, une réalité qui influence leur rapport au milieu scolaire et aux études supérieures.
Une cartographie des ÉPG des Laurentides (PESLAU, 2022) a montré deux principales caractéristiques de cette population :
1- Elle a des moyennes scolaires plus faibles que la population non-ÉPG;
2- Elle a des aspirations académiques plus modestes que la population non-ÉPG.
Cela dit, que sait-on vraiment de leur parcours intérieur ? De ce qui les anime, les freine, les rend vulnérables ou plutôt résilients en milieu collégial ?
Nous avons cherché à approfondir notre compréhension des ressources personnelles et motivationnelles qui définissent ces étudiant·es.
Concepts clés
Qu’entend-on par :
| Motivation intrinsèque | La motivation intrinsèque désigne l’engagement dans une activité pour le plaisir et le défi qu’elle procure, plutôt que pour des récompenses, des pressions ou des incitations extérieures (Ryan et Deci, 2000; 2008). |
| Identification au milieu | L’identification au milieu scolaire désigne la manière dont les étudiant·es se sentent attaché·es au milieu académique et valorisent sa mission éducative. Les étudiant·es qui s’identifient au milieu se considèrent comme des membres à part entière, s’y sentent à l’aise et engagé·es (Voelkl, 1996). |
| Sentiment d’efficacité personnelle | Le sentiment d’efficacité personnelle renvoie à la conviction qu’une personne a de pouvoir mobiliser efficacement ses ressources cognitives, sociales, émotionnelles et comportementales pour atteindre différents objectifs avec succès. (Lecomte, 2004, p.60). |
Résultats
Une motivation et un attachement réel
Les résultats de notre étude révèlent un portrait nuancé. Loin de l’image de désengagement parfois associée aux parcours non traditionnels, les ÉPG des Laurentides font preuve d’un haut niveau de motivation intrinsèque : ils·elles s’investissent dans leurs études parce qu’ils·elles y trouvent du sens, parce qu’ils·elles souhaitent apprendre, progresser et réaliser leurs aspirations.
Les résultats indiquent que les ÉPG s’identifient fortement à leur cégep : ils valorisent la mission éducative de l’établissement, se sentent membres à part entière de la communauté académique et souhaitent s’y investir pleinement. Cette identification au milieu est une force précieuse. Elle contribue à l’engagement, à la persévérance et au sentiment d’appartenance, autant de leviers fondamentaux pour favoriser leur réussite académique (Naheen et Elsharnouby, 2024).
Ces constats sont porteurs d’espoir : malgré les défis structurels ou personnels auxquels ils peuvent faire face (p. ex. contraintes économiques ou conciliation travail-famille), ces étudiant·es s’engagent pleinement dans leur projet d’études. Ils·elles sont animé·es par une volonté de réussir. Cette dynamique est d’autant plus précieuse qu’elle constitue un levier puissant pour leur réussite à long terme (Taylor, 2014).
Une confiance en soi à renforcer
Mais cette dynamique positive coexiste avec une forme de vulnérabilité plus discrète. De nombreux·ses ÉPG doutent de leurs capacités à réussir dans un contexte collégial. Ce sentiment d’efficacité personnelle fragile, bien que souvent invisible, peut freiner leur plein potentiel et alimenter un stress important (Schneider, 2017).
Les données révèlent aussi que plusieurs ÉPG éprouvent des difficultés à créer des liens significatifs avec leurs pairs, ce qui peut renforcer un sentiment d’isolement et nuire à leur intégration dans la vie collégiale. Cette fragilité relationnelle, combinée à un manque de confiance en soi, agit parfois comme un frein silencieux à leur cheminement (Dunbar et al., 2018).
Que retenir de nos résultats?
Ces constats sont d’autant plus importants qu’ils mettent en lumière une tension entre engagement et vulnérabilité : des étudiant·es très motivé·es, mais qui avancent parfois avec une trousse à outils incomplète. Pour soutenir leur réussite académique, il devient essentiel d’agir sur ces dimensions moins visibles, mais cruciales.
Que faire pour mieux les soutenir?
Plusieurs pistes peuvent être envisagées, en voici trois. D’abord, il est essentiel de renforcer le sentiment d’efficacité personnelle en outillant ces étudiant·es dès leur entrée au cégep. Des ateliers sur les stratégies d’étude, la gestion du stress ou encore la planification peuvent les aider à se sentir plus compétent·es et plus autonomes.
Ensuite, favoriser la création de liens sociaux significatifs est tout aussi fondamental. Le mentorat par les pairs, les communautés d’apprentissage ou les activités d’accueil ou d’autres activités sociales peuvent jouer un rôle clé pour briser l’isolement et encourager un sentiment d’appartenance plus solide.
Enfin, ces actions doivent s’inscrire dans une reconnaissance de la diversité des parcours étudiant·es. Valoriser les expériences et les forces propres aux ÉPG, c’est aussi transformer le regard que l’on porte sur leur réussite en enseignement supérieur.

